Même pas mal!

Extrait de l’apéro de Charb, dans Charlie mercredi prochain

J’ai la trousse qui sent quelque chose entre la saucisse fumée et le pneu brûlé. Ce n’est pas une allusion graveleuse. C’est tout ce que j’ai sorti du tas de suie qui recouvre notre journal : la trousse où je range mes stylos, feutres et gommes. C’est donc ce matériel dérisoire qui nous permet de lutter à égalité avec les pires armées de connards… Ouah ! C’est dingue, le pouvoir de l’humour et de la dérision. Plutôt que de chercher à avoir la bombe, le pouvoir iranien devrait distribuer des crayons aux Gardiens de la révolution…

On a tous rapporté chez nous cette épaisse odeur de bêtise. La bêtise a l’odeur d’un journal brûlé. On aura au moins appris quelque chose de l’incendie criminel qui a ravagé Charlie. « Attentat », a dit le ministre de l’Intérieur, qui est venu visiter les locaux. Oui, le ministre de l’Intérieur, celui-là même qui a presque une rubrique attitrée dans le journal toutes les semaines. Vous savez, la rubrique de Réseau éducation sans frontières, qui explique comment le gouvernement instrumentalise l’immigration et les sans-papiers pour gagner des parts de marché sur le Front national. Tiens, le Front national, qui, par la voix de Marine Le Pen, déplore aussi ce qui est arrivé à Charlie. Ils sont cruels, les incendiaires, ils ont réussi à me faire serrer la main de Guéant. Justement, nous demandent quelques journalistes, le nez retroussé par ce qui se voudrait un sourire ironique : ça vous fait quoi d’être soutenu par une partie de ceux que vous critiquez le plus ? Qu’est-ce que tu veux répondre… Vous imaginez le ministre de l’Intérieur ou un chef de parti politique se réjouir publiquement d’un attentat perpétré contre un journal ? Oui, mais, continuent les journalistes aux gencives luisantes, ça fait quoi pour un journal en marge de provoquer un tel consensus dans le pays ? Hein ? Eh ben, ÇA FAIT DU BIEN !

La suite de l’apéro de Charb sera dans Charlie, en kiosques, comme si de rien n’était, mercredi prochain!

7 réflexions au sujet de « Même pas mal! »

  1. Je sent que mercredi prochain, je vais sans doute m’offrir quelque chose du prix d’un paquet de clopes.
    Pas la même odeur, pas le même gout, mais le gout de l’humour le plus grinçant et acide comme j’aime , amateur de Desprogeries si j’eus put a l’age des culottes courtes que j’avais a l’époque.

    En tout cas, bravo…ne baissez pas les bras, non que ce soit lâche (parfois entre le courage d’avancer tête baissée ou la lâcheté de se planquer, la raison est la plus sure), mais juste pour continuer a avancer debout plutôt que mourir a genoux.

  2. Oui, une chance que la connerie ne donne pas d’ailes, il ferait nuit tout le temps !
    Baisser les bras ? Ce serait préférer la nuit de la connerie au jour de la liberté !
    Le goût de la liberté, oui, ça fait du bien.
    Le respect du goût de la liberté, oui, ça fait du bien.
    Le con s’en suce, oui, ça fait du bien !
    Oui, dans cette nuit de connerie humaine aussi épaisse que mondiale et continue, une éclaircie, ça fait du bien !

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